Vous vous demandez, comment évolue une femme dans le service incendie?

Nous avons demandé à une de nos finissantes au DEP, à l’Académie des pompiers, de nous parler de son expérience.

 

Qu’est-ce qui t’a incité à devenir pompière?

C’est un accident de parcours. Je n’ai jamais cru un jour devenir pompière. J’ai postulé par curiosité sur l’offre d’emploi d’une petite municipalité et j’ai été sélectionnée pour devenir pompière à temps partiel. C’est le meilleur choix que j’ai fait.

 

As-tu un modèle auquel tu te réfères dans le service de l’incendie?

J’ai été la première et seule pompière dans les municipalités où j’ai travaillé. Je n’ai pas eu l’opportunité d’avoir un modèle féminin auquel me référer. J’ai plutôt fait le chemin par moi-même. J’ai su tout de même amener ma couleur sans nécessairement changer le service de l’incendie. J’essaye de partager le plus possible mon expérience pour encourager les filles à exercer cette profession.

 

As-tu trouvé ton parcours difficile?

Non, je me suis retrouvée dans de très bonnes équipes. L’intégration s’est faite tranquillement. Ce qui a été un peu plus difficile, c’est le changement d’horaire, soit de passer du temps partiel au temps plein en caserne. J’ai dû rapidement apprendre à vivre avec mes collègues et m’adapter à ce mode de vie. Savoir s’intégrer et collaborer avec divers types de personnalités n’est pas un processus à court-terme. Il faut apprendre à partager et à respecter l’intimité des autres. Les mêmes valeurs reviennent : Respect, Travail d’équipe et Honnêteté.

 

Combien de filles y avait-il dans ta classe?

Il y avait seulement une autre fille dans ma classe !

 

Comment tu te sentais dans un environnement majoritairement masculin?

Je me suis toujours sentie confortable. J’ai été chanceuse, j’ai rencontré des amis à l’Académie des pompiers, des gars avec qui j’ai tissé, à long terme, des liens d’amitié solides.

 

Nomme-moi trois « pour » et trois « contre » sur le métier de pompière.

Trois POUR

  1. C’est une profession dans laquelle j’ai le sentiment d’être indispensable. Lorsque l’alarme sonne et que le groupe part, on a le sentiment d’être invincible. Chaque membre est essentiel dans l’exécution du travail et le sauvetage des vies.
  2. La technologie et les méthodes de travail évoluent constamment. Il y a toujours place à l’amélioration et à l’innovation.
  3. Les avantages de l’emploi : j’ai des avantages et un horaire qui me permettent de vivre confortablement. Être pompière me permet de travailler 14 jours par mois et de dédier le reste du temps à ma famille.

 

Trois CONTRE

  1. C’est exigeant physiquement. Évidemment, il faut être en bonne forme physique pour pouvoir transporter des équipements d’environ 50 lbs et agir rapidement dans un bunker. Au fur et à mesure que l’on vieillit, il est plus difficile de garder à point notre condition physique car on perd inévitablement de la force.
  2. Notre santé est affectée et notre sommeil est léger, car nous devons être prêts à nous lever soudainement à n’importe quelle heure. Notre battement de coeur passe de 50 bpm à 75 bpm en une fraction de seconde.
  3. On travaille durant les congés fériés (temps des fêtes), car les feux peuvent se déclarer n’importe quand et ce, même durant les jours fériés.

 

Y-a-t-il des activités où tu ne peux participer parce que tu es une fille?

Non, pas du tout. En fait, il important de participer à toutes les activités. Femme ou homme, l’objectif reste le même. Il faut faire ses preuves pour se faire accepter.

 

Si tu as un conseil à donner à une aspirante pompière, qu’est-ce que tu lui dirais?

De prendre le temps d’écouter, d’observer et d’accepter de faire des erreurs. Les filles vont souvent se mettre une pression supplémentaire pour se surpasser et performer. Elles ont parfois l’impression qu’il faut redoubler d’efforts pour arriver au même niveau que les gars. Il faut arrêter de se mettre de la pression.

Si tu avais à changer une chose dans ton parcours de pompière, qu’est-ce que ce serait?

Justement, de prendre mon temps, d’arrêter de me mettre de la pression pour me surpasser et de prouver aux autres que je suis bonne.

 

Quelle est ta meilleure anecdote à partager avec les aspirantes pompières?

Dès ma première journée, je reçois mon pagette, et le soir même, il se met à sonner. Je suis appelée à éteindre un feu. Le conseil reçu d’un collègue était de me tenir à côté du lieutenant, de l’écouter et faire ce qu’il me dit.

Sur le terrain, j’étais prête. J’avais mon casque et mes équipements. Je m’installe donc à côté de mon lieutenant. Celui-ci pointe en ma direction et me dit : « TOI, va prendre la lance et va taper le feu ! ».

Je regarde à gauche et à droite, mais c’est bien à moi qu’il parle.

Je réponds : OK, J’y vais !

Ce fût une expérience mémorable.

 

Une fois le feu éteint, je rejoins mes partenaires qui me félicitent : High five et beau travail accompli.

J’enlève alors mon casque et constate leur étonnement. Croyant que j’étais un autre de leurs collègues, ils me demandent : « Tu es qui, toi ? ».

Et moi de répondre : « Je suis la nouvelle ! ».  

Vi Huynh

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